Journée mondiale des enseignants 2021 : le développement professionnel des enseignants, leur participation à la prise de décisions et leurs conditions de travail, sont désormais des impératifs

Cette fois ci la communauté internationale est formelle ; il faut appeler les gouvernements et la communauté internationale à se pencher sur la situation des enseignants dans le monde ainsi que sur les défis auxquels est confrontée la profession enseignante, et à partager des réponses politiques efficaces et prometteuses. C’est le mot d’ordre à l’occasion de la célébration cette année, de la 28ème édition de la Journée mondiale de l’enseignant. Et pour cause ; jamais les enseignants n’ont été aussi demandés et nécessaires qu’aujourd’hui. Les perturbations de l’éducation et les fermetures d’écoles causées par la pandémie de COVID-19 ont confirmé leur rôle crucial dans le maintien non seulement de la continuité de l’apprentissage, mais aussi de la dynamique même des ménages, des familles et des communautés. Il s’impose dès lors, une prise de conscience généralisée principalement en Afrique subsaharienne, pour des décisions urgentes et hardies dans le sens du développement professionnel des enseignants, de leur participation à la prise de décisions et de leurs conditions optimales de travail.

Ousmanne TOURE

Près  de  deux  ans  après  l’apparition de la pandémie  de  COVID-19,  de  nombreux  systèmes éducatifs sont encore profondément perturbés. Les élèves et les enseignants d’une soixantaine de pays sont toujours concernés par la fermeture totale ou partielle des écoles. Mais que les élèves apprennent en présentiel ou à distance, les enseignants sont au cœur du processus.

La  pandémie  a mis  en  lumière  le  rôle  irremplaçable  du  métier  d’enseignant dans  la  société  mais  aussi  la  difficulté  des  conditions  dans  lesquelles  un  grand  nombre de personnes  l’exercent.  Les  enseignants  ont  été  en  première  ligne  pour  assurer  la continuité  pédagogique  malgré  la  fermeture  des  écoles  et  pour apporter  un  soutien  socio émotionnel à leurs élèves, notamment les plus vulnérables. Il leur a fallu s’adapter rapidement  à  l’apprentissage  à  distance  et  gérer  de  nouveaux  outils  numériques,  souvent sans y être formés. Aujourd’hui, ils doivent évaluer les retards d’apprentissage de leurs élèves et y remédier, s’occuper de questions de santé et de sécurité en classe, et conjuguer les modalités d’enseignement – à distance, hybrides et en présentiel – pour limiter autant que possible les perturbations.

La crise de la COVID-19 a donc mis en évidence des défis majeurs pour la profession d’enseignant, notamment : le manque de possibilités de développement professionnel dans l’enseignement en ligne et l’apprentissage à distance; l’augmentation de la charge de travail liée, entre autres, aux classes à double vacation et à l’enseignement hybride et en présentiel ; le recours accru aux enseignants contractuels ; et les cas d’enseignants d’établissements privés et communautaires qui restent des mois sans salaire ou sont licenciés. En termes de sécurité au travail, alors que les enseignants et le personnel éducatif, qui sont des travailleurs de première ligne, devraient être prioritaires dans les programmes de vaccination contre la COVID-19 pour encourager la réouverture des écoles, à ce jour, seuls 21 pays (sur les 197 pour lesquels on dispose d’informations – UNESCO) leur ont effectivement donné la priorité lors de la première phase des plans de vaccination.

Sur un plan plus structurel, dans de nombreux pays, leurs sacrifices ne se reflètent pas dans le statut des enseignants et le prestige accordé à leur profession, leurs conditions de travail, le soutien qui leur est apporté et le financement global. En conséquence, les enseignants sont rarement consultés ou invités à participer aux processus de prise de décisions et de formulation des politiques. Bien qu’une pléthore d’études et de rapports aient conclu que les enseignants ont une influence directe sur l’apprentissage et le bien-être des élèves, et que la qualité des enseignants – au-delà des conditions socioéconomiques des élèves et du contexte du processus éducatif – est le facteur scolaire le plus important pour la réussite des élèves, les enseignants ne sont toujours pas reconnus et estimés comme ils le devraient. Une conséquence de ce manque de reconnaissance est que la profession d’enseignant ne fait pas partie des carrières les plus attrayantes pour les meilleurs étudiants de l’enseignement supérieur.

Cette situation est d’autant plus préoccupante que, depuis plus d’une décennie, le monde souffre d’une pénurie d’enseignants. Pénurie plus aiguë en Afrique subsaharienne, où 70 % des pays y sont confrontés dans le primaire et 90 % dans le secondaire (ISU, 2016). La croissance démographique de cette région illustre encore mieux ce défi, puisque le nombre d’enfants âgés de six à 15 ans devrait augmenter de 60 % au cours des 30 prochaines années, passant d’un peu plus de 280 millions en 2020 à environ 450 millions en 2050 (UNESCO, 2021). Et on ne tient pas compte ici des besoins des autres niveaux d’enseignement, tels que la petite enfance ou l’enseignement supérieur, qui sont également confrontés à des pénuries d’enseignants et d’éducateurs. À moins d’améliorer d’urgence l’attractivité de la profession d’enseignant et le recrutement effectif d’enseignants, la situation va encore s’aggraver.

Au-delà des conditions de travail et de la rémunération des enseignants qui, dans la plupart des pays, ne soutiennent pas la comparaison avec des professions exigeant le même niveau d’étude, de responsabilité et de charge de travail, un autre facteur qui dissuade les jeunes d’intégrer la profession et les enseignants en poste de déployer leur talent, est la multiplication des obligations en matière de reddition des comptes qui limitent la capacité d’agir, l’autonomie et le pouvoir de décision des enseignants. Elles rendent la profession moins attrayante et intellectuellement moinsgratifiante, ce qui pousse de nombreux enseignants à l’abandonner. Certaines des mesures adoptées au cours des dernières décennies pour améliorer l’apprentissage et renforcer son suivi ont en fait eu l’effet pervers de brider l’art d’enseigner en réduisant les espaces où les enseignants peuvent exercer leur autonomie professionnelle et leur leadership. La montée en puissance de mécanismes d’assurance qualité conçus sans consulter les enseignants, tels que les tests à grande échelle, les systèmes d’évaluation des enseignants basés sur les performances, l’inspection des écoles, les programmes d’études prescrits et les normes d’enseignement rigides, figurent parmi les mesures qui ont alourdi la charge de travail des enseignants et entravé l’art d’enseigner.

Ces formes de reddition des comptes sapent le travail même que les enseignants sont appelés à réaliser – à savoir, guider les apprenants pour qu’ils comprennent et transforment le monde, et leur inculquer un sentiment d’appartenance et de responsabilité – et contredisent les affirmations selon lesquelles les enseignants devraient être créatifs, adaptatifs et innovants. Au bout du compte, ces formes de contrôle menacent de rétrécir les programmes d’études et d’entamer l’autorité des enseignants au sein de la société.

Apporter aux enseignants la préparation et le soutien nécessaires pour être au cœur de la relance de l’éducation

Pour la phase de relance post-pandémie, il est essentiel de rétablir le rôle des enseignants en tant qu’acteurs clés de la reconstruction de systèmes éducatifs plus adaptatifs et résistants aux chocs futurs, et qui garantissent l’équité et l’inclusion de tous les apprenants en toutes circonstances. C’est pourquoi le débat ministériel de la Réunion mondiale sur l’éducation a fixé comme priorité d’apporter un soutien à l’ensemble des enseignants et personnels d’éducation en tant que travailleurs de première ligne, en consultant leurs organisations représentatives lors de la prise de décisions, en assurant leur sécurité et leur bien-être et en leur garantissant des conditions de travail décentes. Et c’est aussi pourquoi l’UNESCO, l’UNICEF et la Banque mondiale ont lancé une mission conjointe – Mission : « Rétablir l’éducation en 2021 » qui vise à soutenir les enseignants et à permettre à tous les apprenants de retourner à l’école et de rattraper leur retard d’apprentissage.

Les transformations dont a été objet le domaine de l’éducation et les défis décrits plus haut exigent de nouvelles formes de soutien politique aux enseignants en vue d’une relance efficace qui ne laisse personne de côté et qui jette les bases d’une résilience renforcée et d’une nouvelle conception de l’éducation. Le soutien politique nécessaire couvre plusieurs domaines, notamment le développement professionnel des enseignants, leur participation à la prise de décisions et leurs conditions de travail.

La  Journée  mondiale  des  enseignants  n’est plus et ne sera plus seulement  l’occasion  de  rendre hommage à chaque enseignant. Vivement que les pays investissent en eux  et  à  leur  accorder  la  priorité  dans  le  cadre  des  efforts  mondiaux  de  reprise  de  l’éducation, afin que chaque apprenant puisse se former auprès d’un enseignant qualifié et soutenu.

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