L’égalité des genres dans les domaines des STEM: Permettre aux femmes de diriger et d’innover

La Journée internationale des femmes et des filles de science, célébrée chaque année le 11 février, a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies afin de promouvoir l’accès et la participation pleine et équitable des femmes et des filles à la science. Cette journée permet de rappeler le rôle essentiel que jouent  les femmes et les filles dans la communauté scientifique et technologique afin que leur participation soit renforcée. L’idée est donc de se concentrer sur ce qui empêche les femmes de progresser dans les disciplines des sciences, de la technologie, des mathématiques et de l’ingénierie (STEM) et de célébrer celles qui se sont illustrées. Il s’agit d’examiner la meilleure façon de retenir les femmes scientifiques au niveau postuniversitaire; comment éliminer les inégalités entre les sexes au niveau de l’école et comment la quatrième révolution industrielle, avec ses fondements STEM, risque de laisser les femmes de côté. La célébration de l’édition 2021 n’a pas dérogé au principe.

 La proclamation du 11 février de chaque année, Journée internationale des femmes et des filles de science, le 22 décembre 2015,  par l’Assemblée générale dans sa résolution   A/RES/70/212 , afin de promouvoir dans les domaines des STEM l’égalité des genres, intègre la vision de l’Agenda 2030 dont les grands défis du développement durable, qu’il s’agisse de la santé ou du changement climatique, demandent de former un maximum de talents. C’est pourquoi il est impératif d’augmenter le nombre de femmes actives dans les domaines scientifiques. Encore que la diversité dans la recherche élargit le bassin de chercheurs talentueux, apportant ainsi de nouvelles perspectives, du talent et de la créativité.

Cette célébration offre donc l’occasion de se concentrer sur ce qui empêche les femmes de progresser dans les disciplines des sciences, de la technologie, des mathématiques et de l’ingénierie (STEM).

C’est donc pour alimenter les échanges qu’à la faveur de la célébration de l’édition 2021, l’UNESCO a publié le chapitre intitulé «Pour être intelligente, la révolution numérique devra être inclusive » du prochainRapport de l’UNESCO sur la science: « la course contre la montre pour un développement plus intelligent » (The Race against Time for Smarter Development). Selon ce chapitre, cinq aspects du défi devront retenir l’attention à savoir :

  • À l’échelle mondiale, la parité entre les genres a été atteinte pour les niveaux licence et master (45-55 % de femmes) et est en passe de l’être pour le niveau doctorat (44 %), mais l’écart entre les femmes et les hommes tend à se creuser au fil des années de carrière.
  • En 2018, les femmes représentaient 33,3 % de l’ensemble des chercheurs, contre 28,4 % en 2013 ; cependant, ces données ne concernent que 107 pays.
  • La quatrième révolution industrielle risque de perpétuer le déséquilibre entre les hommes et les femmes, puisque ces dernières restent minoritaires dans les technologies de l’information numérique, l’informatique, la physique, les mathématiques et l’ingénierie.
  • Dans le milieu universitaire, les chercheuses ont souvent des carrières plus courtes et moins rémunératrices. Leurs travaux sont sous-représentés dans les revues prestigieuses. Selon les conclusions de l’analyse de près de 3 millions d’articles scientifiques sur l’informatique publiés entre 1970 et 2018, cette discipline n’atteindrait pas la parité avant 2100.
  • Les femmes demeurent également sous-représentées aux postes de direction et aux postes techniques. Néanmoins, les mentalités évoluent dans les entreprises, alors que des études ont démontré que la diversité au sein du personnel permettait d’accroître la confiance des investisseurs et la marge bénéficiaire.

La situation en Afrique

Selon cette publication, l’état des lieux en Afrique se décrit comme suit : les femmes diplômées en génie du Bénin représentent 54,6% de tous les diplômés en ingénierie au monde et la part des femmes diplômées en TIC s’établit à 55,1%, ce qui le place à la sixième place mondiale.

L’Algérie se comporte également bien. Elle se classe au deuxième rang mondial en termes de nombre de femmes diplômées dans le domaine des sciences naturelles (83,1%) et de l’agriculture (76,8%).

En outre, l’Algérie se classe également au troisième rang mondial (48,5%) pour sa part de femmes diplômées en génie.          


En Tunisie, la part des femmes diplômées en TIC (55,6%) et en agriculture (73,9%) la place au quatrième rang mondial.  

Les cinq premiers pays africains en ce qui concerne la part des femmes diplômées en santé et bien-être sont la Tunisie (75,3%), le Mozambique (75,2%), l’Afrique du Sud (74,9%), le Maroc (72,3%) et l’Algérie (70,5%).

L’Afrique du Sud est le seul pays africain à figurer dans les 20 premiers pays du monde en termes de part de femmes professionnelles possédant des compétences en intelligence artificielle (IA). Dans ce pays en effet, 23% des diplômés dans le domaine de l’IA sont des femmes.


Toujours selon ce chapitre, 33,3% des chercheurs au monde sont des femmes, mais la part des femmes chercheures dans les pays subsahariens et arabes, qui comprennent 10 pays d’Afrique du Nord, est de 33,5% et 42,6% respectivement. 

La majorité des pays à faible représentation féminine dans l’ingénierie et la technologie sont africains.            Le Tchad (0,7%), le Mali (4,5%), le Burundi (8,1%) et la Côte d’Ivoire (9,6%) sont des exemples de pays africains avec une faible proportion de femmes chercheurs par rapport au total des chercheurs en ingénierie et technologie.

Eliminer les stéréotypes de genre      
« Pour apporter un changement véritable, les politiques et programmes en matière d’égalité des genres doivent permettre d’éliminer les stéréotypes de genre par l’éducation, de modifier les normes sociales, de promouvoir les modèles que représentent les femmes scientifiques et de sensibiliser aux plus hauts niveaux de prise de décisions.

Nous devons veiller non seulement à ce que les femmes et les filles participent aux domaines des STIM, mais également à ce qu’elles aient les moyens de diriger et d’innover, et qu’elles soient soutenues par des politiques et cultures organisationnelles sur le lieu de travail qui garantissent leur sécurité, tiennent compte de leurs besoins en tant que parents et les incitent à progresser et à s’épanouir dans ces carrières » tel est le message conjoint  des Madames Audrey Azoulay, Directrice générale de l’UNESCO, et Phumzile Mlambo-Ngcuka, Directrice exécutive d’ONU-Femmes.

La Professeure Rebecca Ackermann,Professeure, Département d’archéologie et Institut de recherche sur l’évolution humaine, Université du Cap en Afrique du Sud dira, quant à elle, que les perceptions mettront du temps à changer. L’éducation sur le rôle de la petite fille dans l’édification de la nation est essentielle. On peut, pense-t-elle, initier cela en ayant des groupes qui interagissent avec les écoles secondaires via des plates-formes d’association de parents et d’enseignants. Ces engagements devraient comporter des femmes scientifiques comme conférencières. Les femmes scientifiques qui commencent leur carrière doivent également être impliquées, pour le mentorat et pour passer le relais. Des interventions efficaces existent. Des universités comme Oxford et Cambridge ont reconnu les particularités et les pressions exercées sur les femmes scientifiques. Ils ont des programmes qui incluent l’octroi de bourses de réintégration allant jusqu’à 10 000 £ pour embaucher une étudiante postdoctorale pour les femmes universitaires qui reviennent après des soins de maternité. Ce type d’approche ciblée pour combler le fossé entre les femmes et les hommes scientifiques est inexistant au Nigéria.

Mon principe personnel est le suivant: « S’il y a une raison pour laquelle un concept particulier fonctionne, alors poursuivez cette raison et omettez les 50 raisons pour lesquelles cela ne fonctionnera pas. Nous devons réorienter les perceptions des parents sur la manière de donner à tous les enfants des chances égales de s’épanouir dès les premiers stades. Cette approche positive de la vie garantira que nous positionnerons nos filles intuitives et très ingénieuses pour devenir des pionnières dans les STEM ».

Pour sa part la Professeure Ekanem Ikpi Braide, Présidente, de l’Académie nigériane des sciences va renchérir. « Personnellement, je n’ai connu aucun biais (dans ma carrière) mais j’ai vu de nombreuses femmes faire l’expérience de biais. Dans la plupart des cas, en particulier parmi les élites, il est subtil et non direct ». « Personne ne dirait, Je ne peux pas vous employer parce que vous êtes une femme» ou «Je ne peux pas vous promouvoir parce que vous êtes une femme» – bien que la raison en soit en fait le sexe. Chez les parents, en particulier dans les zones rurales, c’est plus direct. « De nombreux parents diraient: Laissez d’abord votre frère à l’école parce que nous n’avons pas d’argent.»

Culturellement, dans la plupart des sociétés, les filles sont considérées comme inférieures aux garçons. D’une manière ou d’une autre, cette croyance a imprégné tous les aspects de la vie au Nigéria et la discrimination continue.

Le point de départ pour éliminer la discrimination à l’égard des filles est l’éducation, qui n’est pas abordable pour de nombreux ménages en raison de la pauvreté. Les mariages précoces et les grossesses non désirées entravent l’éducation des filles.

Mais lorsque les filles sont éduquées, il y a un effet multiplicateur : il y a une amélioration de l’alphabétisation, du revenu familial, de la santé de la famille, des qualifications pour l’emploi et des aspirations professionnelles.

L’un des moyens par lesquels le Nigéria pourrait apporter un changement positif consiste à appliquer la loi de 2004 sur l’éducation de base universelle . Il donne mandat à chaque gouvernement du Nigéria de fournir une éducation de base obligatoire et gratuite à chaque enfant, de l’école primaire au premier cycle du secondaire. S’il était appliqué, il permettrait aux filles d’acquérir une éducation de base.

Il existe d’autres politiques, notamment la Stratégie pour l’accélération de l’éducation des filles. Ces politiques existent mais ne sont pas pleinement appliquées car les frais sont toujours facturés dans de nombreuses écoles.

Une approche de solution à africaine

Remédier aux déséquilibres du nombre de femmes et de groupes défavorisés dans les domaines des sciences appliquées, de l’ingénierie et de la technologie en Afrique. C’est l’un des objectifs du Fonds régional de bourses d’études et d’innovation du Partenariat pour les compétences en sciences appliquées, en génie et en technologie (PASET). Ceci est essentiel pour le RSIF, dont les objectifs incluent la création d’un stock d’hommes et de femmes scientifiques, de professionnels et d’innovateurs hautement qualifiés, la promotion des talents et le renforcement des capacités de recherche et d’innovation dans les universités africaines.

Rêves de femmes doctorantes RSIF

 «Mon rêve est de devenir une grande chercheuse, résolveuse de problèmes et innovatrice», déclare Barbara Kabwigia Asingwire. «Ma recherche porte sur l’utilisation des technologies de l’Internet des objets (IoT) pour améliorer les services de santé; minimiser les délais de réponse aux conditions sensibles au temps ».

«Je crois que RSIF va m’aider en me servant d’une plateforme pour interagir avec un certain nombre de personnes sur la scène internationale et découvrir comment utiliser l’IoT pour améliorer la qualité de vie»dixit   Barbara Kabwigia Asingwire. Un étudiant au doctorat RSIF à l’Université du Rwanda, Centre d’excellence africain sur l’Internet des objets (ACEIoT)

 «Grâce à mes recherches de doctorat RSIF, je serai un résolveur de problèmes pour mon pays, je servirai la communauté et j’utiliserai ces connaissances pour enseigner aux étudiants, car je suis professeur à l’Université Jimma» , déclare Fenet Belay Daba d’Ethiopie. Ses recherches portent sur les stratégies d’adaptation aux changements climatiques.

 «Je suis vraiment passionnée par l’utilisation de la science pour résoudre des problèmes», déclare Grace Gachara, doctorante à la RSIF. «Ma recherche porte sur le problème de l’aflatoxine du maïs et les problèmes post-récolte qui affectent des millions et des millions d’agriculteurs. C’est vraiment un gros problème dans notre pays, le Kenya ».

«Je veux croire que la bourse RSIF positionne les gens pour la grandeur et ouvre des portes pour se connecter avec d’autres plateformes et communautés. En enseignant à l’Université des sciences et technologies Jomo Kenyatta, je voudrais également former d’autres étudiants pour qu’ils progressent dans leurs domaines de recherche respectifs ».

Pake Steeves GODSON

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