Education et Développement en Afrique: La Bonne pratique de l’Ile Maurice

Pour avoir pris la pleine conscience de l’important rôle de l’éducation dans le processus de développement d’un pays, les gouvernements mauriciens depuis l’indépendance du pays en 1968, se sont engagés à faire de l’accès à l’éducation, une de leurs priorités. Des budgets conséquents ont été alloués pour gérer, faciliter et fournir un enseignement primaire gratuit, universel et obligatoire, des manuels gratuits, un enseignement secondaire gratuit et un éventail assez large d’enseignement supérieur à l’Université de Maurice. Des installations humaines et matérielles compétitives ont également été développées et améliorées. Evidemment, le retour sur investissement n’a pas raté. Depuis lors, l’île a fait de grands progrès et est désormais classée par la Banque mondiale comme un pays à revenu élevé.

En effet, après l’accession du pays à l’indépendance, les différents gouvernements mauriciens ont mis au point des politiques successives qui, in fine, devront permettre aux citoyens mauriciens  de pleinement jouir de leur droit à l’éducation.   Ainsi, depuis 1976 a été introduit, l’enseignement primaire et secondaire gratuit ; ceci a permis aux parents de pousser leurs enfants, garçons et filles, à au moins terminer leurs études secondaires.     

Comme indiqué dans le rapport national de Maurice en 2008, le progrès le plus frappant a été l’augmentation remarquable de la scolarisation des filles, réduisant ainsi l’écart entre les sexes pour atteindre une quasi-parité.

Des données statistiques plus récentes, publiées par Statistics Mauritius en 2019, ont révélé qu’il y avait 319 écoles primaires avec 85730 élèves, dont 49,7% étaient des filles, et le taux d’inscription dans le secondaire était de 108562, dont 51,6% étaient des filles.     

Une fois au secondaire, les collégiens prennent de plus en plus conscience de la valeur de l’enseignement supérieur, des changements nécessaires pour rester compétitifs dans les emplois qualifiés et en améliorant les profils de carrière et les perspectives grâce à l’acquisition de l’enseignement supérieur, ce qui ont contribué à la demande de qualifications supérieures à Maurice.              
Comme pour répondre à cette manifestation d’intérêt, l’un des objectifs stratégiques stipulés pour l’enseignement supérieur dans le Plan stratégique pour l’éducation et les ressources humaines 2008-2020, est d’augmenter et d’élargir l’accès et de garantir. Dans cette perspective, Maurice s’est lancée en 2015 dans une restructuration transformatrice du secteur de l’enseignement primaire et secondaire, connue localement sous le nom de réforme de neuf ans d’éducation de base continue.        

Fondée sur six piliers majeurs, à savoir le changement de programme, des pédagogies innovantes, une évaluation significative, un développement professionnel continu, un environnement d’apprentissage propice et une gouvernance et une responsabilité du système, cette réforme garantit une éducation de qualité inclusive et équitable pour tous et promeut l’apprentissage tout au long de la vie.      

En 2019, le gouvernement a proposé la politique d’enseignement supérieur gratuit.

Il est à noter que le programme gouvernemental (2015-2019) a révélé la vision d’une nouvelle Maurice, basée sur la transformation du pays «en un pays véritablement tourné vers l’avenir, écologiquement durable, économiquement dynamique et innovant avec des infrastructures modernes, une connectivité mondiale, compétences et technologie ».        

Avec l’aide de cette nouvelle politique, le champ d’application et l’accès à l’enseignement supérieur ont été encore élargis. Ainsi, le gouvernement subventionnait entièrement tous les frais de scolarité pour que ses citoyens étudient en vue d’un premier certificat ou diplôme ou grade dans l’un des 10 établissements publics d’enseignement supérieur.

Selon le rapport de participation de la Commission de l’enseignement supérieur 2019, la flambée des nouvelles admissions en 2019 coïncide avec la mise en œuvre de la politique gouvernementale visant à offrir un enseignement supérieur gratuit. 

Il est intéressant de noter que, de 2015 à 2018, les nouvelles entrées dans les établissements publics ont oscillé autour de la barre des 14000 et affichaient même un gradient décroissant, mais l’année 2019 constitue une rupture avec cette tendance avec un record de 18372 nouvelles admissions ou un ajout net de 4 321, ce qui équivaut à une croissance de plus de 30% en une seule année (figure 1) .

Description : Description : https://www.universityworldnews.com/charts/MauritiusHEenrolment1.png
Figure 1: Nouvelle admission par source, 2010-2019

Cela ne s’est toutefois pas fait au détriment du maintien de la qualité. Le gouvernement avait déjà introduit, en 2017, des conditions d’entrée strictes pour rejoindre le secteur de l’enseignement supérieur et seuls ceux qui satisfaisaient aux critères académiques fixés étaient admis dans les établissements d’enseignement supérieur.  

Un autre facteur favorable est la disponibilité d’une panoplie d’établissements d’enseignement supérieur opérant localement. Aujourd’hui, l’enseignement supérieur s’articule autour de 10 établissements financés par des fonds publics et d’environ 45 établissements privés, offrant plus de 700 programmes dans une multiplicité de disciplines.    

De 2016 à 2019, il y a eu une poussée à la hausse de près de 38% vers l’enseignement à distance ou le mode d’études en ligne (Figure 2). Ce passage à un mode de prestation non traditionnel a montré que les établissements d’enseignement supérieur évoluaient vers l’utilisation d’outils pédagogiques alternatifs.        

Description : Description : https://www.universityworldnews.com/charts/MauritiusHEenrolment2.png
Graphique 2: Inscription par mode
Sources: Participation 2019, Commission de l’enseignement supérieur, 2020

Aligné sur la vision du gouvernement de faire de Maurice un pôle de connaissances, la loi de 2017 sur l’enseignement supérieur prévoit un cadre législatif réformé, moderne et tourné vers l’avenir pour le secteur de l’enseignement supérieur à Maurice. 

La loi crée une nouvelle commission de l’enseignement supérieur et lui donne le pouvoir «de promouvoir le développement de l’enseignement supérieur, de la recherche universitaire et des installations de formation grâce à l’équité d’accès, à des résultats d’apprentissage et de recherche de haute qualité, à l’utilisation efficace des ressources nationales et à l’innovation».      

Avec un cadre solide et un plus grand nombre d’acteurs opérant dans le secteur, cela devrait ouvrir la voie à une concurrence accrue, les étudiants bénéficiant d’un impact positif sur les coûts et l’équité d’accès en général.

Combinées à la politique gouvernementale consistant à offrir des opportunités d’apprentissage supérieur continu et à favoriser l’équité dans le système éducatif, des bourses sont proposées aux apprenants qui sont des citoyens handicapés de la République de Maurice.

L’objectif est de soutenir et d’encourager les apprenants handicapés à réaliser leurs aspirations dans l’enseignement supérieur. De plus, pour garantir l’équité en termes d’accès à l’éducation, le gouvernement accorde des bourses aux étudiants issus de familles vulnérables. 

La bourse est destinée aux citoyens de la République de Maurice qui sont issus de familles vulnérables et qui se qualifient par le biais du registre social de Maurice, tel que compilé par le ministère mauricien de l’intégration sociale, de la sécurité sociale et de la solidarité nationale.

Cependant, plusieurs défis demeurent pour garantir une augmentation des inscriptions dans l’enseignement supérieur. Les incertitudes liées au COVID-19 ont conduit les établissements d’enseignement supérieur à subir la transformation tant attendue, l’enseignement en ligne devenant le premier instrument pour assurer la continuité des cours.

Les défis qui doivent être relevés avec la transition rapide vers l’enseignement en ligne incluent une mauvaise connectivité, des universitaires qui n’ont pas l’expertise nécessaire pour offrir des cours en ligne et une infrastructure médiocre.

La Commission de l’enseignement supérieur de Maurice a organisé une réunion de dialogue avec les parties prenantes le 4 février 2021 pour encourager les dirigeants des établissements d’enseignement supérieur à réfléchir à la manière dont ils peuvent renforcer la résilience et transformer leurs établissements pour fonctionner de manière optimale dans la «  nouvelle normalité  ».

Il est clair que Maurice saisira les opportunités qui se sont présentées avec le COVID-19 pour faire du secteur de l’enseignement supérieur un secteur plus durable et futuriste.

Laisser un commentaire