« L’Afrique doit faire des efforts pour devenir un acteur majeur dans l’économie de la connaissance »

Andrianasy Angelo DJISTERA, Maître de conférences, Université de Toamasina

La pandémie COVID 19 a fini de révéler la dépendance totale de la recherche en Afrique de l’Occident. Combattus par leurs collègues et frères complètement extravertis, nos chercheurs sont même interdits de dire qu’ils ont trouvé. On leur oppose l’absence de démarche dite scientifique.

De ce fait, plusieurs recettes de grand-mère, force et fierté africaines, qui contrôlent et guérissent plusieurs pathologies, devant lesquelles sont impuissantes la médecine occidentale, sont étouffées, battues en brèche.
L’Afrique doit ou peut-elle changer la donne, ou garder le statu quo ?

Les écarts en termes de compétitivité et de croissance à long terme entre les différents pays sont de plus en plus déterminés par leur capacité à développer et à utiliser de nouvelles connaissances. La valeur ajoutée par la matière grise, qui regroupe notamment les connaissances acquises et partagées grâce aux secteurs de l’éducation et de la recherche et développement (R&D), dans l’économie mondiale ne cesse de progresser.

Le Grand confinement rappelle que la R&D joue un rôle crucial dans la société. La pandémie de Covid-19 et ses conséquences économiques et sociales nous conduisent à porter un coup de projecteur sur l’état de la recherche, notamment en Afrique.

Malgré l’importance accrue des activités liées à la R&D, l’Afrique accorde en réalité peu d’intérêt à ce secteur, au regard des statistiques sur les ressources consacrées à la recherche. Et le mode de production de la science et des savoirs en Afrique a une forte dépendance avec le Nord (Mvé Ondo, 2004).

À Madagascar, les dépenses intérieures brutes de R&D (DIRD) ont même tendance à diminuer, en passant de 0,22% en 1997 à 0,01% du PIB en 2017. Pourtant elles ont connu une forte progression des DIRD en Corée du Sud : de 2,30% en 1997 elles représentent 4,55% du PIB en 2017.   

La baisse de l’intensité de R&D de Madagascar s’explique, du moins en partie, par le retrait du « reste du monde » dans le financement de la recherche. L’État finance la quasi-totalité de la recherche alors qu’il subit de fortes contraintes budgétaires. Il y a un déficit structurel des finances publiques à Madagascar (Razafindrakoto, Roubaud et Wachsberger (2014)). Dans les faits, le secteur de la R&D de l’île est largement dépendant de l’étranger.

La réalisation des travaux par les chercheurs malgaches nécessite généralement, pour ne pas dire toujours, le soutien d’institutions étrangères. En prenant l’exemple actuel, l’analyse de la validité scientifique des solutions découvertes dans le pays pour faire face au coronavirus requiert l’assistance de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), voire des aides étrangères.

En outre, l’Afrique dispose d’importantes matières premières pour la fabrication de médicaments, mais l’état des industries pharmaceutiques est généralement embryonnaire.

Au-delà de ses impacts sur l’économie mondiale, et en particulier en Afrique, le Grand confinement représente une « opportunité » pour repenser l’ordre mondial et les idées acquises. L’expérience des pays émergents d’Asie révèle l’importance de la prise de solutions adaptées au contexte local, d’une part et du progrès technique (du processus d’imitation suivi de l’innovation), d’autre part. Actuellement, tous les pays du monde sont en difficulté et peine à trouver des solutions. La solidarité internationale s’organise, mais chacun essaie aussi de chercher les solutions localement. Justement, la mise en œuvre de « recette locale » a joué un rôle majeur dans l’émergence d’un grand nombre de pays asiatiques. 

L’émergence de l’Afrique est possible et l’idée selon laquelle elle peut jouer un rôle majeur dans l’économie mondiale, à l’exemple de l’Asie actuellement, peut devenir rapidement une réalité grâce à une intensification de l’intérêt accordé non seulement à la recherche, mais aussi à l’éducation.

La phase d’imitation peut être réduite et un pays peut accéder rapidement à la phase d’innovation, qui est nécessaire pour un développement à long terme. Un progrès dans les secteurs d’activités liés à la production et à l’utilisation des connaissances représente la clé de l’émergence de l’Afrique. L’Afrique doit faire des efforts pour devenir un acteur majeur dans l’économie de la connaissance et ses dépenses de R&D doivent augmenter, avec un objectif à atteindre de 3% du PIB à l’horizon de 2030. Il s’agit de l’objectif fixé par l’Union Européenne (UE) pour l’intensité de la R&D afin de stimuler sa compétitivité. L’allocation et l’utilisation des ressources accordées aux institutions et aux activités liées à la R&D doivent être améliorées. Par conséquent, les efforts de recherche doivent s’accompagner de mesures permettant de renforcer le système éducatif. La qualité des décisions publiques, le niveau de qualification de la main-d’œuvre et le progrès technique en dépendent. Arezki et Quintyn (2013) ont démontré que les résultats économiques s’améliorent lorsque le degré d’instruction des fonctionnaires augmente. La littérature économique indique également que l’éducation peut agir sur la croissance par l’intermédiaire de l’augmentation de la productivité de la main-d’œuvre (Lucas, 1988), de l’innovation technologique (Romer, 1990) et de l’imitation des technologies importées (Pissarides, 1997).

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