Pr Gérard Degan: Notre rêve pour l’UNSTIM est qu’elle devienne une technopole pour le contient

Entretien exclusif avec le Pr Gérard Degan, premier Recteur de l’UNSTIM, une université thématique de type nouveau

En Octobre 2016 a officiellement été créée, l’Université Nationale des Sciences – Technologie – Ingénierie – et Mathématiques (UNSTIM) ; la première grande université thématique des STIM en Afrique francophone, basée à Abomey en République du Bénin. Quels sont ses fondements, ses objectifs et surtout son challenge pour le Bénin et pour l’Afrique, sont entre autres préoccupations auxquelles a bien voulu apporter de réponses, le Professeur, Ingénieur Gérard Degan, Ingénieur en génie énergétique et des procédés, Professeur titulaire de génie énergétique aérothermique, après ses études de troisième cycle à l’Ecole polytechnique de l’Université de Montréal au Canada. Premier Recteur de cette université de type nouveau.

                                                          Propos recueillis par Bernadin AGBOKPE

« L’université africaine se trouve actuellement à la croisée des chemins car le modèle construit au début des indépendances n’est plus approprié puisqu’ayant montré depuis longtemps ses limites. L’avenir de l’université africaine est donc compromis, si des mesures urgentes ne sont pas prises » dixit le Pr Abdeldjalil AKKARI, Université de Genève. Qu’en pensez-vous Monsieur le Recteur?

Dans les premières universités africaines en général et francophones en particulier, les grands courants de pensée et d’action datent des années 60, années des indépendances. Avant elles, il n’en avait que quelques-unes qui ne formaient que des cadres dévoués pour la cause coloniale. Mais depuis lors, après les indépendances, nous sommes confrontés aux défis de développement avec notre marché de travail en constante évolution pour répondre aux besoins de ce développement, ce qui appelle effectivement la mise en place des mesures urgentes. Il a fallu regarder ce qui est important et nécessaire à savoir, pourvoir au besoin en ressources humaines capables de générer une plus-value sur le plan économique. Sur cette base, les donnes ont changé, et les universités africaines doivent faire l’effort de former des cadres pour répondre à ces nouvelles exigences qui sont fondamentales et prioritaires. Alors moi, je pense que les universités qu’il faut pour l’Afrique aujourd’hui, doivent être des universités de type nouveau, résolument orientées vers le savoir-faire.

Pour vous donc, il faut des universités de type nouveau ?

Absolument ! Ce n’est plus un luxe de créer une université de nos jours. Une université doit pouvoir s’engager dans la recherche de solutions aux problèmes de la nation. Elle doit répondre aux besoins de développement des Etats surtout sur le plan éducatif, qui a élaboré de nouveaux paradigmes, dont on doit absolument tenir compte dans les offres de formation. Il va falloir aussi qu’elle se réfère aux besoins pressants du marché du travail et du monde professionnel pour former et livrer sur le marché, un capital humain conséquent. C’est fondamental.

L’UNSTIM répond-elle à cette norme?

Savez-vous ce qu’on appelle STIM? « STEM education » (en anglais)? Il s’agit d’une éducation essentiellement basée sur les connaissances en Sciences – Technologies – Ingénierie – et Mathématiques (STIM), qui n’est ni un acronyme vide de sens, ni un mot jeté au hasard, alignant les matières désignées les unes après les autres sans aucune signification réelle. Les STIM constituent un mot consacré, d’origine américaine, reconnu aujourd’hui à l’échelle mondiale, pour impacterle développement sous toutes sesformes.Mon pays a eu la clairvoyanced’esprit de créer cette université detype nouveau à l’instar des grandesnations, pour booster l’économienationale et surtout propulsersa compétitivité sur tous les plansdans le monde. Cela ne sert à rienaujourd’hui d’apprendre les mathématiques si on ne peut les associer à la connaissance du savoir. Cela ne sert à rien d’étudier dans ces domaines des STIM, si on ne peut utiliser les mathématiques à des fins de développement autocentré et autoentretenu. Le but de l’UNSTIM est donc de former des innovateurs, des ingénieurs et des scientifiques de haut niveau, donc un capital humain capable de sortir le Bénin de son état de sous développé et de le faire accéder au rang des pays émergents. L’UNSTIM fait donc partie des grandes réformes entamées par le gouvernement de la rupture. Il s’agit d’une université nécessaireet indispensable pour pouvoir propulserle développement et confirmerla compétitivité du Bénin dansle concert des nations à l’échelleafricaine et mondiale.

Vous êtes le premier Recteur de l’UNSTIM. N’est-ce pas tout un challenge pour vous ?

De toutes les manières, on ne va pas dire que c’est un hasard, le hasard n’existant pas. Il a fallu qu’on choisisse quelqu’un et j’ai été choisi. Ce n’est pas parce que je connais plus que tout le monde, non ! Mais, moulé dans ce système d’innovation, je pense faire du mieux que je peux pour essayer de structurer l’UNSTIM et surtout de la dynamiser. Il s’agit de mettre l’accent sur les formations de pointe de l’économie du savoir dans les domainesnévralgiques du développementque sont les sciences – les technologies– l’ingénierie – et les mathématiquespour promouvoir l’innovation.

Avant, on formait massivement pour les sciences sociales, aujourd’hui on a besoin de former pour les sciences dures et appliquées pour exiger et créer une plus-value nécessaire dans les tâches d’édification du pays.

C’est d’ailleurs, la première université du genre en Afrique francophone qui forme aujourd’hui à des fi ns de demain, à des connaissances de demain.

Pourriez-vous nous faire découvrir en bref votre université ?

L’UNSTIM est une université thématique de type nouveau. Comme vous le savez, qui trop embrasse mal étreint. Le gouvernement a dû fermer trois grandes universités pour pouvoir la mettre en place. C’est donc pour mieux faire que cette université a été créée. Elle a pour mission de former des cadres chevronnés de la nation dans les domaines névralgiques du développement.

Lorsque les gens font seulement les mathématiques, ils écrivent mathématiques, ils sont qualifiés en mathématiques mais n’utilisent pas les mathématiques pour expliquer les autres sciences, il faut changer les choses, et c’est à cette fin que cette université a été créée. C’est dans cette optique que l’on y entre (à UNSTIM) sur concours, par un institut national supérieur des classes préparatoires aux études d’ingénieur pour deux ans, après un Baccalauréat scientifique C, D ou E. A la sortie de cet institut, plusieurs écoles d’ingénieurs sont prévues dans les domaines de l’ingénierie et de la technologie et sont créées au fur et à mesure que le besoin se fait sentir.

Ainsi donc, pour le moment nous pouvons citer par exemple l’Ecole nationale supérieure de génie énergétique et des procédés ; l’Ecole nationale supérieure de travaux publics, l’Ecole nationale supérieure de génie mathématique et modélisation qui forment des ingénieurs après trois ans de spécialisation. Un institut, l’Institut national supérieur de technologie industrielle de Lokossa vient compléter ces écoles d’ingénieurs dans le domaine l’industrie. En biosciences, l’Ecole nationale supérieure des biosciences et biotechnologies appliquées de Dassa – Zoumè, est le produit issu de la restructuration de l’ancienne faculté des sciences et techniques option biologie et géologie. Deux écoles normales supérieures, la première dans l’enseignement supérieur général localisée à Natitingou et la seconde dans l’enseignement supérieur technique basée à Lokossa sont aussi parties intégrantes de la dite université. Bientôt, les effets bénéfiques de toutes ces initiatives commenceront par être sentis sur le marché du travail.

Ouverte il y a seulement quelques années, votre Université est probablement confrontée aux difficultés de toute jeune université que sont, les constructions d’amphi, les problèmes d’équipement et autres. Qu’en est-il à l’UNSTIM ?

L’UNSTIM venant d’être créée est en cours de construction puisqu’elle est géographiquement répartie sur toute l’étendue nationale; elle n’est donc pas localisée à un point du pays. Bien sûr, la construction a commencé petit à petit et je crois que l’UNSTIM est appelée à grandir si les moyens suivent. L’érection des infrastructures nécessaires, les laboratoires de recherche et d’enseignement et la dotation des équipements nécessaires seront au fur et à mesure pourvus avec l’ouverture des autres filières identifiées. Le savoir-faire, nécessitant le côté pratique des formations, la mise à disposition des moyens indispensables par le gouvernement est salutairement souhaitée.

Vous tissez autour de votre université, un réseau d’universités partenaires. Quelle en votre vision ce faisant?

Il ne faut pas s’enfermer pour former des cadres, il faut s’ouvrir afin de nouer des rapports, des relations de travail et d’amitié avec les mondes professionnels et d’établir des accords de partenariat avec des universités analogues d’autres pays. On peut même aller à des contrats de co-diplomation avec les autres universités, ce serait très bénéfiquepour le pays et pour l’Afrique, carnotre rêve pour l’UNSTIM est qu’elledevienne une technopole pour lecontinent.Nous avons déjà commencé parnouer des conventions cadresd’accord de partenariat avec degrandes institutions analogues commel’Université virtuelle de la Côted’Ivoire dans les domaines du numérique et du digital, les accords de coopération avec l’Ecole de Technologie Supérieur (ETS) du Canada; nous sommes en train de signer des accords de coopération avec des universités du sud qui s’occupent pratiquement des mêmes choses que nous, et les universités du nord aussi. Tout ceci nous permettrait de mettre en place un mécanisme de transfert de technologie dans les différents domaines, c’est-à-dire que nos apprenants et nos formateurs iront dans ces universités pourde courtes durées afin de reconditionner leur savoir, revenir ici plusperformants et ainsi chercher un cadreadéquat d’application de leursconnaissances aux sciences d’ici,aux conditions d’ici et ce, dans tousles domaines de l’ingénierie et de latechnologie.

Avez-vous une préoccupation personnelle qui vous tient à coeur ?

Cette université basée sur les STIM doit se reposer sur un vivier de ressources humaines qu’il faut aussi développer. On ne peut pas avoir une telle université, sans créer en amont un vivier d’apprenants, une pépinière, pour pouvoir l’alimenter. Ce vivier, c’est par exemple les lycées techniques, les lycées scientifiques de jeunes filles et de jeunes garçons. On doit rapidement les orienter pour qu’ils puissent accéder à ces savoirs-là. Aujourd’hui, nous avons beaucoup de Collèges d’enseignement général (CEG) et on perd ainsi beaucoup de cadres qui sont souvent désorientés et désappointés parce que n’ayant aucune qualification pratique. Il faut orienter immédiatement ces jeunes dès leur jeune âge. Il est une réalité que de nos jours, ceux qui innovent suffisamment dans le numérique sont les filles, il faut donc les intéresser, les orienter depuis la base, les éduquer adéquatement. Tout ceci est fondamental pour l’économie du savoir.

C’est le lieu de remercier le gouvernement qui a vu juste en créant cette université et qui travaille constamment à réunir les moyens pour vraiment dynamiser la formation des jeunes et donc le capital humain. Ce qui est fondamental dans tout développement

Conclusion

Je vous remercie de cet entretien qui nous a permis de nous ouvrir à l’Afrique et au monde.

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