Dr. Conscient ZAFITODY: Pour le développement des Universités Africaines,il faut aller vers le changement !

Entretien exclusif avec Le Président de l’Université de Toamasina, Dr.  Ing. Conscient ZAFITODY

Centre Universitaire Régional (CUR) rattachée à l’Université de Madagascar, Antananarivo en 1977, l’Université de Toamasina a acquis son statut d’Université  et son autonomie en 1989. Après 30 ans d’existence, elle se donne un nouveau souffle avec l’avènement l’année dernière à sa tête, pour un mandat de 03ans, d’une nouvelle équipe plus engagée, dont le maître-mot estle changement. Une vision commune pour un changement rationnel et positif, portée par son Président, Dr ZAFITODY Conscient,Maître de Conférence et Ingénieur en Agronomie, qui a accepté partager avec nous, la vision et les chantiers en cours et en vue. 

                                                              Propos recueillis par Bernadin AGBOKPE

D’après un certain courant de pensée, l’avenir de l’Afrique dépend fondamentalement de l’université, institution chargée à la fois de former les élites dirigeantes mais aussi de créer et de transmettre les savoirs et les connaissances scientifiques nécessaires pour la prospérité du continent au 21ème siècle. Votre lecture Monsieur le Président.

Effectivement, les jeunes, qui sont l’avenir de la nation, sont formés à travers les Universités. On y transmet des connaissances, savoirs et savoir-faire. Justement, la devise de notre Université est « FahaizañasyFañahy » traduite en Français « Intelligence et Sagesse ». Ainsi,notre mission est de participer activement au développement rationnel régional et national, qui naturellement, aura un impact positif au Continent, en formant des jeunes universitaires responsables et compétents.

« L’université africaine se trouve actuellement à la croisée des chemins car le modèle construit au début de l’indépendance n’est plus approprié et a montré depuis longtemps ses limites. Si des mesures urgentes ne sont pas prises, l’avenir de l’université africaine est compromis » dixit le Pr Abdeldjalil AKKARI  (Chroniqueur à EDUFORM AFRIQUE Magazine).    
Etes-vous aussi inquiet Monsieur le Président ?      

Certes, actuellement le système évolue. La situation auparavant n’est plus appropriée à l’état actuel, notamment au niveau de l’Enseignement Supérieur. Je prends seulement l’exemple du système classique de l’Enseignement qui se transforme dorénavant en système LMD.

Les Universités Africaines doivent ainsi prendre des mesures urgentes et adéquates pour suivre le rythme, pour s’adapter au changement et pour faire face à l’évolution. Comme disait Charles Darwin, « Ce ne sont pas les plus forts qui survivent ni les plus intelligents mais ceux qui sont les plus rapides à s’adapter au changement. » Voilà !

Pour vous, quelle pourrait en être la solution ?Ceci sera votre contribution au débat, « Enseignement supérieur face aux défis de développement en Afrique »

Les Universités Africaines, y compris la nôtre, ont certainement besoin d’un véritable changement. Parallèlement à mon objectif « Aller de l’avant, vers le changement rationnel est positif », de nombreuses solutions doivent être appliquées dans l’immédiat, mais je ne vais citer que quelques-unes :

  • Formation des enseignants de qualité pour assurerle niveau des enseignements ;
  • Développement des recherches nouvelles et mise en œuvre des conditions favorables à l’innovation comme la création des nouvelles infrastructures, des centres d’applications et laboratoires de recherche opérationnels…
  • Développement des formations professionnalisantes assurant une meilleure employabilité.

Il y a seulement 17 mois, vous êtes Présidentde l’Université de Toamasina, l’une des six grandes universités de votre pays,pourriez-vous nous la faire découvrir en bref ?       

L’Université de Toamasina est un Etablissement Publicd’Enseignement Supérieur malgache. Elle est une Université dynamique, jeune, avec un large éventail de disciplines.

Actuellement, avec ses 31 ans d’existence, l’Université de Toamasina dispose de différents Etablissements dont :

  • Trois Facultés :
  • Lettres et Sciences Humaines ;
  • Droit, Economie, Gestion, Mathématiques Informatique et Applicationsou DEGMIA, et
  • Médecine ;
  • Six Instituts qui sont repartis dans les trois Régions qui constituent la Province de Toamasina :
  • L’Institut Supérieur de Technologie Régional de la Côte-Est ou ISTRCE à Fénérive-Est, Région Analanjirofo ;
  • L’Institut Supérieur de Technologie Régional Alaotra Mangoro ou ISTRALMA à Ambatondrazaka, Région AlaotraMangoro;
  • l’Institut Supérieur de Technologie Régional Atsinanana ou ISTRA à Toamasina, Région Atsinanana;
  • L’Institut de Tourisme, des Patrimoines et des territoires ou ITPT, à Barikadimy Toamasina ;
  • L’Institut Supérieur des Sciences, Environnement et Développement Durable ou ISSEDD, à Barikadimy Toamasina ;
  • L’InstitutConfucius, étude de la langue et culture chinoise ;
  • Deux Ecoles Doctorales thématiques:
  • Les Sciences, Culture, Sociétés et Développement Durable (SCSDD) ;
  • Le Cadre de Vie, Ancrage, Développement Durable et Ethique 

(CADDETHIQUE) ;

  • Deux Centres :
  • Le Centre d’Enseignement de Langues Vivantes Appliqués (CELVA)
  • Le Centre d’Etudes et de Recherches Ethnologiques et Linguistiques (CEREL).

Votre Université se remet d’une période assez difficile. Conscient du Challenge à lui faire prendre un nouvel envol, vous avez placé votre mandat sous le signe du changement.  Merci d’évoquer ici quelques grands chantiers déjà ouverts ou en vue ?           

Auparavant, l’Université de Toamasina avait eu sa place prépondérante comparable au niveau national, du point de vue qualité de l’enseignement.Mais c’est vrai, nous avons vécu une période difficile où notre Université a perdu peu à peu cette place et sa réputation particulière. En plus,les effectifs des étudiants s’accroissent annuellement, alors qu’elle fait face à un manque caractérisé d’enseignants.

Ainsi, nous sommes parfaitement conscients de la nécessité d’un véritable changement avec une nouvelle vision pour redorer le blason ou l’image de notre Université.

Quelques Chantiers :

  • déjà ouverts : Partenariat et relation extérieures, Coordination des projets et de suivi évaluation, Revu scientifique international dénommé Résultat et Visibilité de l’Université de Toamasina (REVUT) , Numérisation de la Bibliothèque Universitaire …
  • en vue : Laboratoire de Rechercheéquipé, Ecoles Normales Supérieures, Centre d’incubation d’entreprise…

Des départements qui ont été innovés, deux retiendront notre attention.La Coordination de la revue scientifique et le Centre d’incubation d’entreprise.Comment comptez-vous les animer ?

Je profite de cette question pour vouspartager de la parution du volume 1 de notre revue « REVUT Scientific Journal (RSJ) » Edition Spéciale Covid-19,qui a été piloté par la Coordination de la Revue Scientifique et du Conseil des Professeurs (CRSCP). L’Université de Toamasina se prépare en ce moment pour la parution du 2nd volume.

Nous avons aussi déjà organisé un Colloque Internationalvisant la participation des chercheurs ressortissant de divers pays nationaux et internationaux, qui était prévu en avril 2020 mais en raison de la pandémie du coronavirus, ila été reporté. Nous organisons deux colloques par ans au profit des doctorants et des candidats HDR de publier leurs fruits de recherches. 

Le projet Centre d’incubation d’entreprise est encore en phase de préparation.

L’une des deux Écoles doctorales Thématiques, traitera du Thème de Développement durable et Ethique. Pour Vous, quel lien établissez-vous entre l’Ethique et le Développement durable.

Éthique               Développement Durable

J’aimerais d’abord rajouter que trois nouveaux Eléments Constitutifs, tels que le développement personnel, la culture entrepreneuriale et le civisme et éthique, sont désormais insérés dans le programme pédagogique pour tous les parcours de l’Université de Toamasina.Considérant que l’éthique a une valeur fondamentale dans le processus de développement qui est en quelque sorte une règle de bon sens. Bref, la finalité du développement durable est de promouvoir l’efficience et l’efficacité économique, sociale et environnementale. Il est conditionné par des ressources humaines moralement conscientes et responsables sur les enjeux de la dégradation environnementale. Cette conscience et ce sens de responsabilité sont de liens qui relient l’éthique et le développement durale.

L’une des préoccupations majeures de l’heure dans les universités en Afrique est la question de l’assurancequalité ?Quelle place occupe-t-elle dans votre dispositif ?

L’assurance qualité est manifestement une de nos préoccupations. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nous avons mis en fonction un service « Assurances et Qualités » au sein de notre Institution. Ce département, rattaché à la Direction des Affaires Pédagogiques et de Recherche se charge de l’habilitation et de l’accréditation afin d’améliorer la qualité d’enseignement au sein de l’Université de Toamasina selon les normes requises.

Avez-vous un appel à l’endroit des universités qui voudront bien établir avec la vôtre un partenariat ? Ou un appel aux partenaires techniques et financiers éventuels ?

Le Partenariat étant une ambition capitale pour la bonne marche de notre activité, l’Université de Toamasina ne pourra en aucun cas travailler seule. Elle doit coopérer et/ou collaborer de façon fructueuse avec des partenariats potentiels étrangers ou nationaux. Outre, les partenariats universitaires, financiers et professionnels œuvrant dans les domaines de formations seront bien sollicités. D’ailleurs, notre Institution dispose d’un Service chargé des Partenariats et des Relations extérieures, rattaché directement auprès de la Présidence de notre Université.

Notre porte est grande ouverte à tous ceux qui veulent collaborer avec nous.

Venez nous rejoindre !

Exprimez-vous sur une préoccupation personnelle (éventuelle) dont on n’a pas parlé ? 

La lutte contre la corruption figure parmi une préoccupation majeure et défi personnel.C’est un facteur qui a dévalorisé la qualité de l’enseignement et a compromis le marché de l’emploi dans notre pays voir même dans l’Afrique.

 Votre conclusion de l’entretien

Pour le développement des Universités Africaines, « il faut aller vers le changement ! ».

La vision commune pour aller de l’avant, vers le changement rationnel et positif, permet de rectifier le tir et rattraper tous les temps perdus et la contre-performance. Elle permet aussi de veiller à faire régner durablement la solidarité, la paix sociale, la mise en commun des intérêts, l’implication de tous et la culture de responsabilité.

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