Crise de l’apprentissage dans les pays à revenu faible: la situation va de mal en pis

La Banque mondiale est formelle ;selon les premières données d’un rapport à paraître bientôt,la pandémie de COVID-19 pourrait faire bondir jusqu’à 70 % la proportion d’enfants de 10 ans des pays à revenu faible et intermédiaire en situation de pauvreté des apprentissages, c’est-à-dire dans l’incapacité de lire un texte simple. Une nouvelle alerte comme pour réveiller ces pays qui semblent banaliser cette crise qui pourtant impacte dangereusement  toute une génération d’enfants avec effets négatifs sur le revenu futur du pays qui sera amputé.

Ousmanne TOURE

Toutes les sociétés doivent offrir à chaque enfant en âge de l’être, l’opportunité d’une éducation de qualité. Et beaucoup le font. Il existe de nombreux pays où chacun reçoit une éducation décente, peu importe où l’enfant est né ou qui sont ses parents. Malheureusement, plus nombreux sont ces pays à revenu faible et intermédiaire dans lesquels la plupart des enfants vont à l’école mais n’apprennent pas ; et pour cause ces sociétés n’intériorisent  pas la nécessité de faire leurs devoirs et de s’organiser pour donner une éducation décente à tous.Certains sont en voie de le faire mais progressent lentement. D’autres ne sont même pas sur ce chemin.

« Les derniers résultats du PISA, qui mesurent l’apprentissage dans le premier cycle du secondaire, montrent que dans la plupart des pays à revenu intermédiaire qui y participent, les performances stagnent et il n’y a que quelques points lumineux. Il est difficile de déterminer la raison ultime. Cela s’apparente à la raison pour laquelle certains pays sont riches et d’autres pauvres » se désole Monsieur James Saavedra  directeur général du Pôle d’expertise en éducation au sein du Groupe de la Banque mondiale, dans l’une de ses publications.

Alors qu’avant la crise sanitaire le déficit des apprentissages s’établissait déjà à 53 % et on anticipait une progression à 63 %,les dernières données indiquent une augmentation de 17 points de pourcentage de la pauvreté des apprentissages, soit une estimation encore plus alarmante que celle de 10 % publiée plus tôt cette année. Pire, de nouveaux éléments révèlent une hausse réelle allant jusqu’à 70 %.

La plus grande perte de capital humain

« Des centaines de millions d’élèves ont perdu au moins une année complète de scolarité à cause de la COVID-19. Cette pandémie a provoqué la plus grande perte de capital humain de mémoire d’homme et la pire crise de l’éducation depuis un siècle »,souligne le président du Groupe de la Banque mondiale, David Malpassqui poursuit, « il est pourtant vital que les enfants soient scolarisés, en particulier ceux qui sont en âge de fréquenter l’école primaire. Les conséquences des fermetures de classes pourraient perdurer pendant des décennies et elles contribuent à creuser les inégalités, notamment au détriment des filles. »

Aussi, la COVID-19 a -t-elle gravement perturbé la vie des jeunes enfants, des étudiants et de la jeunesse en général, et a encore exacerbé les inégalités dans l’éducation. Outre l’inégalité intergénérationnelle due aux pertes d’apprentissages et aux retards accumulés pour cette génération, l’écart de performance entre les enfants riches et pauvres s’est lui aussi creusé. Par ailleurs, nombre de jeunes enfants – environ 350 millions au plus fort de la crise – ont été privés de leur repas principal qu’ils prenaient à l’école, ce qui risque d’aggraver la malnutrition infantile et de compromettre de manière irréversible leur développement cognitif, linguistique et physique ainsi que leur capital humain. Enfin, parmi les groupes d’âge, les effets de la pandémie sur l’apprentissage ont été les plus évidents pour les enfants des écoles primaires et maternelles.

De nombreux élèves risquent également de prendre encore plus de retard à la suite de la pandémie, car ils ne retourneront pas en classe après la réouverture des établissements. Au Kenya, un mois après la reprise des cours en janvier 2021, un tiers des adolescentes et un quart des adolescents âgés de 15 à 19 ans n’étaient pas revenus en classe. Cette situation est comparable à la tendance observée lors de l’épidémie d’Ebola en Sierra Leone, où les écoles ont été fermées pendant près d’une année entière et où entre un cinquième et un quart des adolescents n’ont pas repris l’école.

« Les pertes en matière d’éducation ne sont qu’une partie des dégradations considérables du capital humain qui menacent cette génération. Il nous faut réagir, c’est un impératif à la fois moral et économique », affirme MamtaMurthi, vice-présidente de la Banque mondiale pour le Développement humain  pour quiles pays doivent mettre en œuvre des mesures ambitieuses, énergiques et de grande ampleur pour combler ces retards en mettant l’accent sur les populations les plus défavorisées, en particulier les filles, les enfants handicapés et ceux des familles les plus pauvres. 

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