Le vrai challenge de l’éducation en Afrique

Après la décolonisation, la lutte contre l’apartheid et la réalisation de l’indépendance politique du continent, l’Afrique décide de se consacrer une nouvelle fois à la réalisation de la vision panafricaine d’une Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique dans l’arène internationale. Elle s’est dotée pour ce faire d’une boussole, un programme continental sur 50 ans, l’Agenda 2063, qui décline la grande vision panafricaine en 7 aspirations dont trois retiendront notre attention. La première : une Afrique prospère basée sur la croissance inclusive et le développement durable ; la cinquième : une Afrique dotée d’une forte identité culturelle, d’un patrimoine commun, de valeurs et d’une éthique partagées ; et la septième : l’Afrique forte, unie, résistante et acteur et partenaire influent dans le monde.

Fort heureusement, l’Afrique inaugure une ère qui, selon la plupart des observateurs et experts, déterminera son destin et en fera le continent de l’avenir. Seulement, cette promesse d’un avenir radieux ne se réalisera, pensent-ils, que si le continent se réconcilie avec ses systèmes d’éducation et de formation qui trainent encore le lourd fardeau de son héritage colonial, ainsi que le poids de ses propres tribulations en tant que nouvelle entité politique et économique et jeune acteur dans l’arène mondiale.

Autrement dit, l’éducation étant l’arme la plus puissante pour changer le monde (Nelson Mandéla), les trois aspirations du continent citées plus haut, ne pourront être réalisées que si la seconde condition est remplie.  Et c’est là, le plus grand et plus important des challenges de l’éducation en Afrique : Que l’Afrique se réconcilie avec ses systèmes éducatifs.

« La domination culturelle est la plus souple, la moins coûteuse et la plus efficace » Thomas Sankara. Et l’Afrique continue d’en souffrir. Le double défi pour l’école aujourd’hui est alors de décoloniser les mentalités et de les reconditionner. Il faut que les africains cessent d’être des étrangers sur leur propre sol, et manifestent au quotidien les valeurs morales, citoyennes et éthiques érigées en mode de vie.  

L’Afrique  est l’une des parties  du monde  qui  peine à  tirer  pleinement profit de ses immenses ressources humaines et naturelles. Une triste réalité qui repose avant tout sur l’incapacité de nos systèmes éducatifs à faire de ces valeurs, un principe de vie pour les africains quel que soit son âge.

L’éducation correspond à la formation globale d’un individu, à tous les niveaux (au niveau religieux, moral, social, technique, scientifique, médical, etc.). Malheureusement, les systèmes éducatifs hérités de colonisateurs et entretenus à ce jour, ne lui permettent pas de pleinement assurer cette fonction ; même les bribes de leçon de morale, de civisme et de patriotisme connues à une certaine époque, ont disparu des curricula.

le comble est que la Stratégie continentale décennale de l’éducation pour l’Afrique (SCEA 16-25) de la Commission de l’Union Africaine issue de son agenda 2063 dont l’objectif est d’offrir au continent africain des ressources humaines performantes adaptées aux valeurs communes africaines et donc aptes à la réalisation de la vision et des ambitions de l’union africaine, a pour mission de «réorienter les systèmes d’éducation et de formation en Afrique afin de procurer les savoirs, les compétences, les aptitudes et la capacité d’innovation et de créativité nécessaires à la promotion d’un développement durable sur le plan national, régional et continental. »   

Dans cette mission, quelle est la place accordée aux valeurs africaines communes évoquées dans l’objectif ? peut-on s’interroger.

De notre point de vue, ces valeurs communes, loin d’être que africaines, sont absolument dissoutes dans les vocables savoirs, compétences et aptitudes. Il n’est pas admissible que le primordial soit absout au profit du nécessaire. L’Afrique fait depuis 60 ans l’expérience d’une élite techniquement bien formées et compétentes mais qui, au plan morale, citoyenneté et éthique, est nulle. Des néo colons du XXIème siècle qui trahissent constamment l’espoir de tout un continent.

Du coup, l’Afrique est devenu le continent des scandales géologiques. Le continent où règne la mal gouvernance, la corruption, le détournement de deniers publics, le conflit d’intérêts flagrants au sommet de l’Etat etc. Le continent des pays sous-développés et les plus endettés au monde.

A présent, le diagnostic est clair et formel : toute élite formée qui n’aurait pas fondamentalement intégré les valeurs morale, citoyenne et éthique, serait un gâchis voire même une menace pour le continent. C’est dire que toutes compétences, aptitudes, capacité d’innovation et de créativité qui n’auront pas eu pour socle, ces trois valeurs n’auront plus droit de citer sur le continent.       
C’est non négociable car nous allons à la terre promise.       
Avis donc à nos experts, décideurs, institutions régionales et africaines qui n’auront plus d’excuses.   A bon entendeur…

Bernadin  AGBOKPE

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